Le Zéro Masqué passe derrière le bar pour la fête de la musique

DSC_0264En ce vendredi 21 juin, j’étais tranquillement dans mon joli jogging en train de mijoter une petite critique quand mon téléphone a sonné. C’est tellement rare que j’ai sursauté et me suis précipitée pour décrocher. Et là, on me propose un job pour le soir même – il est déjà 17h30 passé. Un job, même d’un seul soir, même à la dernière minute, même payé des clopinettes, même si je dois me déguiser en sandwich géant, j’accepte – la flexibilité et moi, on est diablement amies. Alors quand on me dit que je serai payée grassement pour promouvoir de la bière dans un bar le soir de la fête de la musique, vous imaginez bien que j’ai hurlé « je le veux » à pleins poumons.

Après palabres avec la dame du téléphone, passage express dans la salle de bain et abandon du jogging suscité, j’ai pris la direction de Tournon-sur-Rhône et du fameux bar. Là bas, je devais retrouver Monsieur Bière qui devait m’expliquer plus en détail mon travail du soir. Problème : une fois arrivée, Monsieur Bière n’est pas là. Et moi de devoir expliquer qu’étant la remplaçante de la remplaçante, j’ai à-peu-près aucune idée de ce que je dois faire – hormis promouvoir la dite bière dont je ne sais fichtrement rien.

Improvisation étant mon deuxième prénom, je m’empare d’un tablier jaune fluo – fort seyant – aux couleurs de la marque et je me lance à l’assaut du carton de goodies que je dois distribuer tout en propageant la bonne parole – à savoir : la bière c’est bien, la marque de bière là, c’est mieux. L’inventaire fait, mon plateau « spécial goodies » soigneusement préparé, je me retourne face à la salle prête à tout casser – ceci est bien entendu une métaphore. Mais problème : il est encore tôt et le bar est quasiment vide.

En conséquence, ayant pour aversion absolue le faire-rien, je propose mon aide au bar. Aide que j’explique être limitée : je ne sais pas faire les cocktails, pas tirer les bières et n’ai aucune compétence en réalisation de cafés. C’est ainsi que je me retrouve derrière le bar à gérer les verres. Ma mission capitale consiste à mettre les verres usagés dans un panier en plastique, à mettre ce dernier dans le lave vaisselle, à le sortir, à enlever les verres désormais propres du dit panier, à les essuyer et les remettre à leur juste place prêts à servir.

J’ai fait cette petite routine un nombre incalculable de fois. Et régulièrement, je partais en mission «buvez de la bière, ça rend heureux». J’ai eu un fort succès dans cette mission : en moins de temps qu’il en faut pour dire ouf, j’étais à sec : plus de T-shirts, plus de portes clés, seulement une petite poignée de badges. Ainsi je m’en retourne gambadant au bar, prends quelques commandes sur le chemin, reviens avec les précieuses boissons, et retourne au bar fière comme Artaban.

Mais là, au bar, l’enfer se déchaîne. Toutes les personnes démarchées veulent maintenant de la bière. Je me replonge donc dans ma chorégraphie de verres-sales-verres-propres-verres-rangés. Et me fais de temps en temps alpaguer par des soifards mécontents qui me reprochent de ne pas faire le service. Là il me faut sourire garder, et poliment réorienter les charmants individus vers les vrais barmans.

Derrière le bar, tu vois des trucs très drôles. C’est ainsi que j’ai pu voir une bande de jeunes garçons – je leur donne 16 ans, 17 si je suis généreuse – commander des «shots de vodka» et demander dans la micro seconde qui a suivi si les shots se font nature ou avec du sirop avec un air si benêt et ahuri que je n’ai pu m’empêcher de rire sous mon tablier. Tu observes aussi les garçons qui payent des verres à des jeunes damoiselles, qui visiblement sont plus intéressées par le verre gratuit que par le gentilhomme qui l’a offert.

Cette expérience, financièrement enrichissante, psychologiquement remotivante et physiquement stimulante,  m’a également permis de réaliser certaines choses sur la vie «derrière le bar ». Déjà, les barmans – ou dans mon modeste cas les plongeurs – n’échappent pas aux ennuyants personnages que l’on retrouve toujours dans ce genre d’endroit. Sauf que si d’ordinaire je balance vacheries sur vacheries aux-dits individus pour qu’ils capitulent et me laissent en paix, quand tu es «derrière le bar», tu ne peux point faire ceci. Tu dois avec un sourire leur répondre gentiment et patiemment, sourire toujours et ne jamais leur dire ce que pourtant ils devraient savoir «tu es un boulet et je préfère me faire enchaîner pendant un an à l’intérieur de Pôle Emploi plutôt que de parler avec toi». Et ça c’est dur.

Quand tu es derrière le bar, tu maudis également les fêtards invétérés qui restent jusqu’à pas d’heure, accrochés à la dernière goutte de leur bière. Tu les regardes, et tu fantasmes sur ta couette moelleuse et ton matelas si confortable. Tu pries pour qu’enfin ils aillent voir chez les zoulous si tu y es. Mais eux, s’amusent comme des petits fous et ne voient pas ton désespoir croissant et tes yeux de chien battu et exténué. Or pendant mon année au Canada, j’ai fait partie intégrante et de façon régulière de ces parasites, et aujourd’hui, je crois que je vais traquer tous les barmans de la ville afin de leur présenter mes plus plates excuses.

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