Roméo et Juliette au Théâtre de la Porte Saint Martin – A la sauce mafiosi

© Théâtre Saint Martin

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De très loin ma pièce de théâtre préférée, Roméo et Juliette est pour moi sacrée. Je la connais quasiment par cœur – peut-être à cause du fait que j’ai la pièce en au moins 5 exemplaires chez moi – et pourtant je pourrais la relire encore et toujours avec le même plaisir. Alors quand j’ai vu que ce chef d’œuvre du théâtre allait occuper les planches du théâtre de la Porte Saint Martin, j’ai sauté comme un cabri – ce que j’ai de nouveau fait quand Dis-Moi Paris m’a appris que j’avais gagné mes places pour la première et quand je suis arrivée devant le théâtre – mon +1 pourra témoigner.

Pourtant l’appréhension était bien là. J’avais vu l’année dernière Le Songe d’une Nuit d’Eté mis en scène par Nicolas Briançon – qui met aussi en scène cette version de Roméo et Juliette – et je n’avais pas du tout aimé. Vraiment pas du tout. Heureusement, à la sortie, j’étais soulagée : si la pièce ne m’a pas totalement plu, elle ne m’a pas totalement déçue non plus.

© Victor Tonelli / Arcomart

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J’ai énormément aimé la transposition de la pièce dans le monde de l’Italie mafieuse des années 50. Ça colle parfaitement avec la pièce – cette histoire de familles ennemies trouvant un rappel dans les histoires mafieuses que j’ai pu découvrir grâce au Parrain ou aux Affranchis. Les costumes sont ainsi simples mais beaux, dans des teintes de noir et de blanc, où tout le monde est mis sur un pied d’égalité.

Les décors – ou plutôt le décor – est archi minimaliste. Des murs qui bougent en fonction des scènes et un lit, voilà tout ce qui pose l’ambiance. C’est bien suffisant, très ingénieux et permet de laisser la première place aux acteurs. Dommage cependant que la scène du balcon se déroule sans balcon – c’est vrai quoi, c’est culte quand même. La petite troupe de musiciens sur scène est également excellente et parfaite pour donner à certains moments une tonalité toute spéciale.

Au niveau des acteurs, il y a vraiment de l’excellent ! Valérie Mairesse en nourrice est hilarante. Exubérante, elle est le gros atout comique de la pièce et vous fait rire à chacune de ses apparitions – ce qui est parfaitement en phase avec le personnage écrit par Shakespeare. Mercutio est, quant à lui, brillamment interprété par Dimitri Storoge. L’acteur nous livre une performance parfaite et vole littéralement la vedette à ses camarades. Il est complexe, drôle et tragique à la fois, léger et profond, fou et sérieux, en un mot, il est impeccable.

© Victor Tonelli / Arcomart

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Voilà d’ailleurs un point qui m’a fort chagriné dans ce Roméo et Juliette. Certains échanges ont été coupés –par exemple dans la scène initiale, les apartés entre les deux Montaigu disparaissent  – et si le sens global de la pièce est gardé, certaines choses perdent en cohérence et en profondeur tandis que d’autres deviennent étrangement dénuées de sens. C’est fort dommage, inutile et surtout incompréhensible.

© Victor Tonelli / Arcomart

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Ce Roméo et Juliette est également dans sa grande majorité présenté comme une comédie. Ainsi les prémices de l’histoire entre Roméo et Juliette sont clairement tournées en dérision. Ainsi quand la tragédie arrive, elle arrive de façon totalement brutale et honnêtement, il est très dur de ressentir de la tristesse pour ceux dont nous nous moquions quelques instants plus tôt. La tragédie n’intervient ici que dans la dernière scène ; tournant ainsi en ridicule les morts de Tybalt et Mercutio et transformant l’apothicaire en clown ridicule, ce qui m’a personnellement énervée.

© Victor Tonelli / Arcomart

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Autre reproche au niveau de la mise en scène : les scènes d’affrontement. La première est tellement confuse (et bruyante) qu’on n’entend pas les répliques de Capulet et Montaigu, ni même le début de l’intervention du Prince. C’est franchement dommage. La mort de Mercutio est également excessivement mal mise en scène : Mercutio et Tybalt se battent longtemps sous les yeux d’un Roméo qui n’en a rien à cirer pendant une vingtaine de minutes avant d’intervenir – rendant ainsi les raisons de son intervention finale assez floue. Gros regret également : reléguer la mort de Mercutio hors scène, de façon assez malvenue, coupant ainsi la tirade finale du personnage.

© Victor Tonelli / Arcomart

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Petite déception aussi pour Niels Schneider et Ana Girardot. Leur alchimie est bien là, et ils sont tous deux fort mignons dans leur rôle. Mais lors de la première, ils ont beaucoup bégayé et hésité sur leurs tirades. C’est dommage, car cela rompt la magie. Mais je suis sure qu’avec le temps et l’expérience qui va avec ils s’amélioreront – ce n’est donc qu’une demi déception.

Au final, je garde un avis très mitigé sur ce Roméo et Juliette: cette version contient de très bonnes idées et des acteurs sublimes, mais a un aspect comique et des partis-pris de mise en scène que je n’ai pas appréciés.

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