Le Songe d’Une Nuit d’été par Muriel Mayette-Holtz à la Comédie Française – Drôlement réussi

© Comédie Française

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Très tatillonne en matière d’adaptation de Shakespeare et en particulier du Songe d’une Nuit d’été, je m’étais tout juste remise de ma déception face à la mise en scène du Théâtre Saint Martin vue l’année dernière. Mais refusant de rester sur un échec, c’est avec enthousiasme que je me suis rendue à la Comédie Française pour voir la mise en scène de la comédie par Muriel Mayette-Holtz.

L’histoire est toujours la même. Le roi Thésée est sur le point de se marier avec Hippolyta. Sous ses yeux, deux couples d’amoureux se déchirent : Héléna aime Démétrius qui lui aime Hermia qui quant à elle aime Lysandre. Dans la forêt toute proche, Obéron et Titania, le roi et la reine des fées, se déchirent pendant qu’une troupe de comédiens amateurs tente de répéter sa pièce. C’est dans ces bois enchanteurs, qu’une nuit, tout ce beau monde se retrouve réuni et que le facétieux Puck, adjoint d’Obéron, va semer la zizanie.

Ce Songe d’Une Nuit d’Eté a quelque chose d’irrémédiablement réussi. Le commencement se fait tout en douceur avec Thésée, Hippolyta et sa suite qui arrivent paisiblement dans les allées de la salle et s’installent parmi les spectateurs. C’est le niveau de la réalité – celui des humains normaux, comme le spectateur. La mise en scène sépare en effet les différents niveaux de réel présents dans la pièce. Si Thésée est dans le public et la réalité, les fées, les amoureux enchantés et le malheureux Bottom sont eux sur une étendue blanche irréelle, espace du merveilleux et de la magie. L’espace intermédiaire de la scène est celui de nos acteurs amateurs, celui de ceux qui produisent la magie de façon ouverte. Bref, c’est inventif et génial.

Vous rirez également beaucoup lors de ce Songe d’une Nuit d’été. Les moments comiques sont merveilleusement mis en valeur et les occasions de sourire sont nombreuses. L’excellente scénette où notre ami Bottom et ses camarades vous livrent leur désopilante version de Pyrame et Thisbée est sans aucun doute le climax de cette comédie et si des larmes de rire ne vous montent pas aux yeux à ce moment là, je veux bien me faire transformer en âne.

Mais le vrai atout de ce Songe d’une Nuit d’été est ailleurs : il se trouve dans la troupe de comédiens. Aucune erreur de casting ici. Adeline D’Hermy est une Héléna touchante, drôle, un peu folle mais jamais ridicule. Elle est toute à la fois fragile et forte, sensible et dure et interprète une amoureuse transie parfaite. Jérémy Lopez est quant à lui un Bottom hilarant de bêtise et d’égocentrisme. Dès sa première apparition, il réussit grâce à la façon qu’il a de dire son nom lors de la première rencontre de sa troupe à montrer tout l’égo boursouflé de cet idiot sympathique. Puck, mon personnage préféré, est quand à lui parfaitement maitrisé par Louis Arène. Ici Puck sautille, tantôt drôle, tantôt angoissant, tantôt moqueur, tantôt attendrissant. Louis Arène est simplement merveilleux dans son rôle, tellement génial que ses excuses finales ne sont absolument pas nécessaires.

Une mention spéciale également pour la troupe de bras cassés attendrissants qui entourent Bottom et qui sont joués par Benjamin Lavernhe, Stéphane Varupenne, Gabriel Tur, Matej Hofmann et Paul McAleer. Lorsqu’ils sont sur scène, un grand vent de fraicheur et de naturel envahit la salle.

Le reste de la troupe n’est pas en reste. Que ce soit le duo de galants, Laurent Lafitte et Sébastien Pouderoux, la délicieuse Hermia, Suliane Brahim, le père inflexible présenté par Elliot Jenicot, ou le couple Michel Vuillermoz/Julie Sicard, personne n’est en reste. Leur diction est parfaite, et la maitrise de leurs rôles leur permet de faire plus qu’interpréter : ils vivent leur personnage et lui insufflent un naturel génial qui permet aux merveilleux dialogues de Shakespeare de retrouver une seconde jeunesse.

Mon seul problème avec ce Songe d’une Nuit d’été vient du traitement des fées et des personnages d’Obéron et Titania. Martine Chevallier et Christian Hecq sont tout aussi bons que leurs camarades et n’ont absolument rien à se reprocher. Mais dans la mise en scène, l’onirique et le merveilleux ont disparu : les fées sont bestiales, pas très fines, un peu vulgaires, et absolument pas gracieuses. Ce manque de magie et de merveilleux m’a dérangée – que ce soit au niveau des costumes des lutins ou de la direction des acteurs jouant ces rôles – mais il n’arrive pas heureusement à éclipser les autres réussites de la pièce.

Si vous en avez la possibilité, courrez découvrir cette jolie version du Songe d’une Nuit d’Eté, vous en ressortirez d’une humeur légère et débordante.

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